La réponse n’est pas universelle. Plusieurs critères entrent en jeu : l’âge du vin, le cépage, le terroir, mais aussi la volonté du vigneron et même les conditions de service. Regardons plus en détail :
Les vins jeunes et puissants : les champions de la carafe
Les vins rouges dotés d’une structure tannique importante (Cabernet Sauvignon, Syrah, Malbec, Mourvèdre...), souvent issus de régions comme Bordeaux, le Rhône, Cahors ou certaines appellations du Languedoc, sont ceux qui profitent le plus du carafage. Leur jeunesse se traduit par des arômes parfois fermés, compressés, que l’oxygène va déployer en évaporant certaines molécules soufrées ou réductrices.
Selon l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV), un vin jeune (source) contient naturellement davantage de composés phénoliques susceptibles d’évoluer positivement au contact de l’air. En carafant, on assouplit donc la trame tannique, tout en exacerbant les arômes fruités et floraux.
- Bordeaux rouges jeunes (moins de 8 ans)
- Syrah du Rhône septentrional
- Malbecs argentins récents
- Assemblages méditerranéens robustes
Les blancs et rosés : des exceptions, pas la règle
Si l’usage veut que l’on carafe principalement les rouges, certains vins blancs complexes et élevés (par exemple les grands Bourgognes ou certains Chenins de Loire) tirent profit d’un passage rapide en carafe, surtout lorsqu’ils sortent du réfrigérateur, pour libérer leurs arômes. Ici, il s’agit d’aération, non de décantation.
- Bourgogne blanc de garde (Meursault, Puligny-Montrachet...)
- Chenin sec ou moelleux de Loire âgé
- Certains rieslings alsaciens
Pour les rosés, sauf à table sur des cuvées bariolées par quelques années de garde, la carafe reste très rare.
Les vieux vins : nuances et précautions
La carafe réservée aux vieux flacons revêt souvent une function inverse. Le but ici est d’éviter l’oxygénation à outrance, qui pourrait abîmer voire “tuer” le vin. Le passage en carafe ne sera utile que pour séparer le dépôt, en évitant tout choc trop brutal.
Une anecdote célèbre rapportée par le sommelier français Olivier Poussier (Meilleur Sommelier du Monde 2000) évoque un Château Margaux 1961, d’une subtilité telle que quelques minutes seulement d’oxygène suffisait à altérer son bouquet. Chez les grands vieux Bordeaux ou Bourgogne, le carafage est donc “minimaliste” et nécessite une main experte (Source : La Revue du Vin de France).
- Vieux Bordeaux (plus de 15-20 ans)
- Grands Bourgogne rouges de garde
- Portos millésimés